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                              Enrichissement du milieu: De quoi s'agit-il ?

Captivité: source de problèmes comportementaux

Pour les animaux vivant en captivité, l'espace et l'alimentation sont les principales sources  de problèmes comportementaux.  Les animaux sont nourris par l'homme et le plus souvent à heure fixe.  L'animal ne peut donc reproduire tous les comportements (spécifiques à chaque espèce) reliés à la quête alimentaire.  En milieu naturel, l'animal consacre la majorité du temps de son budget d'activités quotidiennes à la quête alimentaire.  Il se déplace  (de façon solitaire ou en groupe) sur de très longues distances dans son territoire pour se nourrir.  En milieu captif, la quête alimentaire est inexistante.  L'animal n'a aucun comportement à exprimer pour se nourrir sauf celui d'ingurgiter la nourriture.  En fait, l'animal n'a rien à faire, ses activités quotidiennes se limitent à peu de choses.  D'où l'ennui et le développement de stéréotypies (différentes selon les espèces) voire  pathologies.  L'animal reporte son attention sur son environnement (destruction), sur ses congénères (agressivité, bataille, morsures) ou sur lui-même (auto mutilation, toilettage excessif).  Les stéréotypies sont  multiples: par exemple, l'ours polaire qui avance et qui recule sans arrêt par ennui, il n'a pas de banquise pour marcher ni pour chasser ou pêcher...ou se reproduire.

Enrichissement: le but d'un programme d'enrichissement

L'enrichissement des animaux vivant en captivité a pour but de leur permettre d'exprimer le plus possible des comportements typiques de l'espèce dont ceux reliés à la quête alimentaire.  Le fait d'être en mesure d'exprimer ces comportements typiques  de l'espèce contribue au bien-être des animaux concernés, puisqu'ils sont génétiquement programmés pour exprimer de tels comportements.  Il est donc primordial d'instaurer un bon programme d'enrichissement.  Mais, attention: enrichissement n'est pas synonyme de divertissement
Enrichissement chez un ours noir adulte                                              

                                               
                            
Programme d'enrichissement: qu'en est-til ?

L'enrichissement consiste à ''enrichir'' le milieu de l'animal de façon à susciter chez lui des comportements typiques de son espèce.  Il s'agit donc d'interventions sérieuses nécessitant de très bonnes connaissances de l'espèce concernée (en milieu naturel et en milieu captif). 

Les comportements des animaux concernés doivent être mesurés afin d'établir l'éthogramme.  L'éthogramme permettra de quantifier le temps alloué à chaque comportement: le budget d'activités quotidiennes.  Par exemple, le pourcentage de temps dans un laps de temps donné consacré à l'alimentation, au toilettage, aux interactions sociales, à l'auto mutilation, à une stéréotypie quelconque, à la locomotion, au repos, etc. 
À gauche: enrichissement chez un jeune ourson noir

Dépendamment des résultats obtenus et des problèmes comportementaux observés, les interventions auront pour but de susciter un comportement inexistant, de favoriser et augmenter un comportement favorable existant ou encore d'atténuer ou d'éliminer un comportement néfaste. 

Les interventions sont multiples et à divers niveaux.  Prenons le chimpanzé à titre d'exemple.   Dans le milieu naturel, le chimpanzé utilise des petites brindilles/branches en guise d'outils pour pêcher des termites.  Le chimpanzé introduit son outil dans la termitière, les termites attaquent cet intrus, puis, le chimpanzé retire sa branche garnie de termites.  En captivité, on peut avec un peu d'imagination reproduire ce comportement à l'aide d'une boîte de bois percée de trous, à l'intérieur de laquelle on dépose des contenants de miel ou autre et on fournit quelques branches aux chimpanzés.  L'humain n'intervient pas, le dispositif est mis en place avant l'entrée des chimpanzés dans leur habitat.  Voilà donc une termitière artificielle.  Ce ne sera pas très long, un individu trouvera le ''truc'' ou encore fera son apprentissage par essais et erreurs et les autres l'imiteront.  Non seulement, a-t-on enrichi le milieu et susciter des comportements reliés à la quête alimentaire mais  plus encore: augmentation des interactions sociales, apprentissage sous diverses formes (par composante sociale, par imitation, par essais et erreurs), utilisation d'un outil, choix de l'outil (les branches fournies sont de diamètre différent), etc.  Bref, tous des comportements typiques de l'espèce...et plus encore, on note une nette diminution de l'inactivité et par conséquent une atténuation des stéréotypies et des comportements défavorables à l'animal.

Évidemment, les interventions doivent être diversifiées et imprévisibles.  Retournons à notre exemple: la termitière artificielle ne doit pas être présente en tout temps.  D'autres interventions et d'autres dispositifs doivent être mis en place.  Parfois, il faut également modifier la façon de distribuer la nourriture.
À gauche: enrichissement chez un groupe de chimpanzés.  Maya, femelle chimpanzé, cherche de la nourriture cachée dans de la laine de bois.  C'est un comportement typique de l'espèce relié à la quête alimentaire.  De plus, la laine de bois sera manipulée, déplacée et éventuellement transportée pour la fabrication d'un nid (typique de l'espèce).  Lorsqu'un sujet trouve de la nourriture, il suscite l'intérêt chez ses congénères et ceux-ci imiteront éventuellement les mêmes comportements: recherche, etc... 


Lorsqu'une intervention est mise en place, il faut établir de nouveau l'éthogramme (déterminer le budget d'activités quotidiennes) pour vérifier si les comportements sont modifiés, s'il y a appariton de nouveaux comportements, etc...  Évidemment, lorsqu'on veut atténuer un comportement néfaste il faut envisager le tout sur une plus longue période.

Jour après jour, il faut enregistrer les comportements des individus à l'étude, compiler les résultats et à l'aide de tests statistiques (analyse des résultats) déterminer si nos interventions ont un effet bénéfique ou non et si cet effet perdure dans le temps.  Ce dernier aspect est très important: par exemple, le comportement ''X'' (bénéfique) est-il présent même en l'absence du dispositif d'enrichissement qui l'a suscité (X: pouvant être : chercher, explorer son habitat) ?

Dernier point très important: l'intervention suscite-t-elle de l'agressivité entre les congénères?  Est-ce que l'intervention suscite une compétition malsaine entre les individus?
Ce sont des questions d'une extrême importance, de là la nécessité de connaître au préalable, les comportements (l'éthogramme) de l'espèce à l'étude dans le milieu naturel et de bien observer et enregistrer les comportements et ce, de façon rigoureuse et soutenue. 

En enrichissement du milieu, l'humain n'interagit jamais  avec les animaux.  Rappelons le but: susciter l'expression de comportements naturels typiques de l'espèce.


Exemple d'effet de l'enrichissement chez un couple chimpanzé

  

Sophie a trouvé dans son habitat un paquet enveloppé de jute (préalablement caché: un contenant de jus congelé et de petits fruits, un régal...).  Elle est occupée à déballer son trésor sous l'oeil très attentif de Spock.

Sophie manipule un objet
Sophie déballe un paquet
Sophie déguste son jus congelé
Spock regarde très attentivement

Les 2 sujets sont donc actifs et impliqués dans une activité.  Par la suite, il peut y avoir partage entre les 2 sujets ou encore il peut y avoir une motivation chez le sujet observateur à rechercher un paquet semblable dans son habitat (le comportement de quête alimentaire).





Un bon programme d'enrichissement doit être varié, imprévisible et susciter des comportements typiques de l'espèce tout en atténuant ou inhibant des comportements indésirables (ou néfastes): stéréotypies, pathologies.

À gauche: exemple de STÉRÉOTYPIE.  Maya, femelle chimpanzé démontrant un comportement stéréotypé.  J'ai appelé ce comportement: lèche-vitrine (baver sur la vitre puis lécher et lécher...et recommencer...).  Ce comportement était effectué à répétiton, pour une durée variant de 10 à 30 minutes (toujours au même endroit). 


L'enrichissement consiste à ''enrichir'' le milieu de l'animal de façon à susciter chez lui des comportements typiques de son espèce.  Il s'agit donc d'interventions sérieuses nécessitant de très bonnes connaissances de l'espèce concernée en milieu naturel.


                Chroniques de Johanne sur le web:  www.machronque.com/johanneleclerc/ 
              
 Pour informations:  
johanneleclerc@bienetre-animal.com